lucien

La fouille 2003

Fouille programmée :
- Conduite du projet : Association pour la Recherche sur l'Age du fer en Auvergne
- Responsable d'opération : David Lallemand
- Photos : Cercle Archéologique de Montluçon.

 Le plateau de "BABYLONE"

La fouille conduite en 2003 est localisée sur le revers d'un petit promontoirenaturel qui, depuis sa position, domine tout l'intérieur du site fortifié. Le talus massif gaulois, dans lequel est implantée la fouille, vient s'appuyer sur la partie orientale de ce plateau. Cette fouille a porté en priorité sur les vestiges monumentaux découvert dans le revers du plateau.

Après un nettoyage soigné de la surface décapée, l'intervention a consisté au dégagement de vestiges archéologiques enfouis sous un amoncellement de grosses pierres. Sous ce puissant ébouli (à gauche), ont été mis au jour les restes d'un mur construit avec des blocs taillés et un dallage monumental. 

L'étape suivante a consisté à dégager l'ensemble des pierres taillées qui semblaient correspondre au parement effondré du mur monumental.

Ce travail achevé, nous avons pu confirmer que ceux reposant sur la voirie sous-jacente, étaient tous taillés et appartenaient bien au parement monumental effondré. 

Les blocs du mur sont empilés sans ciment comme nous pouvons le voir sur le cliché. La règle du couvre-joint n'est pas non plus appliquée pour ce mur.


A l'issue de cette étape de la fouille, sont apparus l'intégralité des vestiges : mur monumental et voie dallée.

Le mur monumental

Très original dans sa conception, cet ouvrage épouse une pente très accentuée : la déclivité s'étalonne à près de 14,8 % ! L'agrégat en arrière du parement monumental. 

Le mur n'est pas seulement formé d'un parement, Il compte également, dans sa structure, un agglomérat de pierres informes situé en arrière des blocs taillés (à gauche). Nous avons dégagé le sommet de cet empierrement sur environ 8 m pour connaître ses dimensions et pour comprendre sa structure.

Il mesure près de 2 m de large et se prolonge le long des alignements de blocs monumentaux. Son rôle semble donc lié à la stabilité de l'ouvrage final : épauler et amortir les poussées du parement La quantité de pierres utilisée pour cet empierrement est énorme, ce qui souligne encore l'intérêt apporté à cette construction. Nous estimons à plus de 15 m3 le volume de pierres rapportées pour le transect étudié en 2002 !

Là encore, la fouille a montré l'utilisation de blocs dépassant le quintal !

Depuis les pavés situés dans la partie centrale de la fouille et jusqu'à ceux en limite de la fouille, le dénivelé ouest-est relevé atteint presque 0,50 m sur les 5,60 m de voirie, soit une pente de 8 %.

Il existe également une déclivité nord-sud pour ce dallage, dont le dénivelé oscille entre 0,05 et 0,12 m (soit une pente moyenne d'environ 2 %).

 La voie dallée.

La bordure sud du dallage a été découverte dès la phase de décapage, provoquant de grandes émotions. Ne subsiste que la partie nord de cette voirie (notamment les pierres bordières jouxtant un glacis taillé dans le substrat). La partie méridionale de la voie a disparu, arrachée sans doute pour la réutilisation des dalles à d'autres fins.




Nous estimons que cette voie devait dépasser 5 m de largeur d'après nos premiers travaux !


Un murus gallicus sous les vestiges monumentaux 

Nous avons observé que le mur monumental avait tronqué les vestiges d'un état antérieur. Une partie même de l'éboulis intramuros masquait une partie de ces vestiges.

Une limite transversale stricte est alors apparue, formant l'assise d'un petit parement de blocs calibrés

Le nettoyage attentif nous a cependant apporté des donnés pour interpréter ces vestigesRelevé planimétrique en cours d'une strate de la voie


Dans l'attente des fouilles à venir, nous pouvons envisager que ces vestiges ont été délaissés, abandonnés, puis très vite recouverts et oubliés, au point qu'ils nous sont parvenus dans un état de conservation exceptionnel. L'éboulement de la porte et l'édification du talus massif en sont peut-être éventuellement des causes. Ajoutons qu'il est probable que la porte n'ait pas fonctionné après sa phase monumentale.

Remarques sur la technique de construction.

Concernant le mur, la pente sévère observée et la technique de construction employée expliquent très naturellement son basculement vers le sud-est, en fait, vers l'intérieur de l'ouvrage monumental. Les blocs de la seconde assise ont glissé et ont basculé vers l'intérieur du site sous le poids des matériaux accumulés en arrière des vestiges, le tout dans le respect

des lois de l'apesanteur'

A vrai dire, il semble que l'on doive la sauvegarde en élévation de ce mur au poids des blocs monumentaux, à l'orientation transversale des vestiges par rapport au talus massif, enfin à la faible accumulation des matériaux recouvrant ces vestiges. Signalons d'ailleurs que seules deux assises sont conservées en élévation'


Il faut avouer que les plans de cet ouvrage sont en complète contradiction avec les règles de principe de la construction gallo-romaine : construction dans la pente, asymétrie des assises, absence de couvre-joints, telles sont quelques-unes des anomalies relevées' Cependant, il faut admettre que cette construction a été planifiée, calculée et réfléchie. Nul

doute que des plans ont été suivis pour son édification. L'existence du glacis taillé dans le substrat suggère aussi que la construction de l'ouvrage monumental a nécessité des aménagements préliminaires : terrassement, nivellement ' En outre, La voirie dallée a été installée dans une tranchée de fondation, laquelle est nettement visible à la hauteur du glacis
taillé dans le substratum.

Les dalles du summum dorsum reposent apparemment sur un cailloutis, qui pourrait être le rudus ou ruderatio des voies romaines. Cette construction sophistiquée et réfléchie complète l'ouvrage monumental. Toutes ces remarques démontrent donc que les techniques de construction employées, si elles ne sont pas parfaites, s'inspirent indubitablement de modèles exotiques, vraisemblablement méridionaux.

 

Essai d'interprétation des vestiges monumentaux

D'emblée il faut écarter l'idée d'une construction de type murus gallicus pour cet ouvrage.
Nous n'avons observé ni poutrage interne ni alvéoles ménagées dans le parement, aucune fiche en fer et de fait, rien n'indiquant que ce mur soit un murus gallicus.

La technique de construction employée reste très originale, et l'on ne peut s'empêcher de la comparer avec celle décrite par César. Si les bois longitudinaux et transversaux sont inexistants en apparence - tout comme les fiches en fer d'ailleurs -, il convient de signaler que le parement de pierres sèches et l'agrégat sont quant-à eux bel et bien présents.

Cette dualité (agrégat-parement) est effectivement l'une des composante du murus gallicus.

Les vestiges d'Hérisson restent toutefois hors normes : la largeur de l'agrégat atteint 2 m, alors qu'elle mesure moins d'un mètre dans le classique murus gallicus ; quant-au parement constitué de blocs taillés monumentaux, les références en Europe tempérée celtique sont quasiment inexistantes. En effet, les parements des murus gallicus sont le plus souvent construits avec de petits moellons informes (Bibracte, etc.). 


Synthèse des fouilles 2003

La découverte de fragments de fiches en fer, la mise en évidence de vides entre certains blocs, des traces de poutrages et de traces ligneuses nous ont conduit à soupçonner l'existence d'un mur gaulois de type "murus gallicus"

Ce type d'ouvrage est décrit par César lors du siège de l'oppidum d'Avaricum par les légions romaines en 52 av. J.-C.

Ci-contre le parement et le blocage du mur antérieur.

Après un nettoyage soigné de la surface décapée, l'intervention a consisté au dégagement de vestiges archéologiques enfouis sous un amoncellement de grosses pierres. Sous ce puissant ébouli (à gauche), ont été mis au jour les restes d'un mur construit avec des blocs taillés et un dallage monumental.